ce n’est qu’un début ! la philo avec les enfants
 
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Photo de deux élèves de maternelle.<br />
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Photo prise de l'un des ateliers philo à l'école Jacques Prévert.
 
 
Photo de deux élèves de maternelle.
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Photo prise de l'un des ateliers philo à l'école Jacques Prévert.
Photo de deux élèves de maternelle.<br />
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Photo prise de l'un des ateliers philo à l'école Jacques Prévert.
 
 

LE CHANTIER DE LA PHILOSOPHIE POUR ENFANTS

Magasines, festivals, cafés, la philo est de plus en plus implantée dans nos villes et même jusque dans nos écoles. Les 17 et 18 novembre dernier se déroulait, à l'initiative de l'Unesco, la 10eme édition des «nouvelles pratiques philosophiques» et bien sur la philo à l’école y a été largement abordée.

Trois axes de travail pourront ainsi être prioritairement définis pour le Chantier :

1) Axe politique. La réflexion menée devra s’inscrire dans une réflexion politique plus générale sur le sens de l’école publique aujourd’hui. Dans une société libérale où prime de plus en plus les lois et les valeurs de l’économie marchande et de l’hyperconsommation, comment défendre et légitimer ces pratiques innovantes fondées sur des valeurs humanistes issues des Lumières ? « L’enfant hypermoderne » (pour reprendre l’expression de G. Lipovetsky) est sollicité constamment (quel que ce soit son milieu social) par les messages publicitaires ou les émissions de télé réalité qui glorifient la compétition, l’argent facile, la vulgarité et la bêtise. Les philosophes de l’éducation aujourd’hui (comme Marcel Gauchet) alertent sur cette tension entre Société civile libérale et Ecole républicaine. Dans ce contexte politique et culturel, c’est un véritable défi pour la philosophie à l’école aujourd’hui : Quelles perspectives et dynamiques nouvelles donner à ce mouvement pédagogique, à contre courant de l’air du temps libéral et conservateur ?

2) Axe sociologique. Il serait aussi nécessaire de faire un bilan de type sociologique sur ces pratiques (ce qui n’a jamais été fait) : quel est leur état réel d’existence sur le terrain ? Sous quelles formes sont-elles le plus développées en France et dans le monde ? Comment les professeurs revendiquent-il leurs pratiques (« ateliers philosophiques », « moments citoyens » ? « débats réflexifs » ? « moments de langage») ?

3) Axe pédagogique. Après plusieurs années de pratique dans les classes, quels bilans pédagogiques peuvent-ils être établis ? Nous nous intéressons tout particulièrement aux effets, aux conséquences, de ces pratiques : Qu’apporte en retour la tenue de ces séances de débats philosophiques sur l’ensemble des autres savoirs et savoir être de l’élève ? Comment transforment-elles la relation entre le maître et l’élève ?

Une place sera particulièrement accordée aussi cette année à toutes les expérimentations auprès d’élèves en très grande difficulté, en souffrance psychique ou en situation de handicap. Cet axe sera ainsi en étroite relation avec les travaux du chantier « Philosoin » et la réflexion se développera alors à la croisée de la philosophie et de la psychanalyse : en quoi les ateliers philo à l’école, surtout avec des élèves en souffrance, permettent-ils de travailler l’estime de soi et par ricochet l’appropriation des autres savoirs scolaires ? Car, comme le rappelle fréquemment P. Meirieu (membre lui aussi du Chantier et qui nous a envoyé sa contribution), ce sont souvent les pratiques pédagogiques développées à la marge du système éducatif (ici la philosophie auprès d’élèves en très grande difficulté scolaire ou souffrance psychique, scolarisés dans des sections spécialisées, et qui n’ont de fait pas le droit à l’enseignement traditionnel de cette discipline.) qui ouvrent d’authentiques perspectives de réflexion et qui peuvent faire le plus évoluer les pratiques générales. De plus, comme l’a démontré J-C. Pettier dans sa thèse, ces pratiques permettent aussi de donner sens à l'idée « d’école inclusive », une école dans laquelle les différences (avec ce qui touche aux élèves en situation de handicap) sont présentes, reconnues et respectées.


Concrètement, il s’agit donc pour le chantier « Philoécole », à partir des échanges, des réflexions et des mutualisations d’expériences, d’impulser la dynamique d’un véritable réseau (d’enseignants, de chercheurs, d’auteurs jeunesse) au niveau international qui aboutira à la création d’une base de données d’outils pour la recherche et la pratique. Ces documents permettront aussi à l’UNESCO d’œuvrer au développement de la philosophie avec les enfants.

Ainsi dans le cadre de la visée universelle, démocratique et humaniste de l’UNESCO, et à l’heure où le Luxembourg vient d’inscrire officiellement la philosophie dans ses programmes de l’école primaire, nous espérons que le chantier « Philoécole » sera une force vive de propositions pour la généralisation et la légitimation de ces pratiques partout dans le monde.


Texte issu de la présentation du chantier "Philoécole" par Edwige Chirouter.

 

POUR MIEUX COMPRENDRE

Pour mieux comprendre

Organisation des nations unies pour l'éducation, la science et la culture (donc ONUESC) mais Unesco en référence à son acronyme anglais.

Cet organisme a son siège principal à paris et y poursuit son action à travers cinq grands programmes : l’éducation, les sciences exactes et naturelles, les sciences sociales et humaines, la culture, la communication et l’information.

A PROPOS DE L'AUTEUR

Edwige Chirouter est professeure de philosophie à l'Université de Nantes (IUFM des Pays de la Loire. Site du Mans). Chercheur associé au CREN (U Nantes) et à L'Université de Québec (Canada)