ce n’est qu’un début ! la philo avec les enfants
 
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Interview d'Edwige Chirouter<br />
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Photo prise à la sortie de l'école Jacques Prevert
 
 
Interview d'Edwige Chirouter

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Photo prise à la sortie de l'école Jacques Prevert
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Photo prise à la sortie de l'école Jacques Prevert
 
 

INTERVIEW D'EDWIGE CHIROUTER

Professeur de philosophie à l’Université de Nantes, IUFM des Pays de la Loire, Docteur en Sciences de l’Education et expert auprès de l’Unesco. Edwige Chirouter participe activement à l'expansion de la philosophie pour enfants ; nous l'avons rencontré.

Comment avez-vous commencé à vous intéresser à la philosophie pour enfants ?

J’ai entendu parler de ces ateliers quand j’étais toute jeune prof de philo. J’avais 28 ans, je sortais de 8 années d’études de philosophie. J’avais enseigné pendant 2 années dans un lycée. C’est en arrivant en poste à l’IUFM que l’un de mes collègues m’en a parlé pour la première fois.
Au début, j’étais sceptique, très dubitative (comme beaucoup de profs de philo d’ailleurs !). Comment peut-il être possible de philosopher aussi jeune ? Mais ma fille avait 4 ans à ce moment là et je me suis rendu compte qu’elle avait des questionnements existentiels et métaphysiques, je me suis rendu compte que « oui les enfants aussi s’interrogent là-dessus ! ». Je suis allée à un colloque avec Michel Tozzi et ses paroles m’ont convaincu et séduite. C’est là que tout a commencé. J’ai eu envie de tenter l’aventure. Ma première intervention était dans une classe de CP. J’ai été épatée par cette expérience. J’ai fini par rédiger une thèse sur le sujet (avec M.Tozzi)


Selon vous, comment ces activités vont évoluer dans les années à venir ?

Je pense qu’il va y avoir une reconnaissance institutionnelle de plus en plus forte. Aujourd’hui, l’Etat s’y intéresse, des associations comme l’Unesco, il y a eu Ce n’est qu’un début, les thèses soutenues. Il ya quelques années, je voyais certains philosophes ou intellectuels regarder ces activités de loin et aujourd’hui ils écrivent pour les enfants. Tous ces préjugés, ces a priori hostiles, sont en train de disparaître car ces pratiques gagnent en sérieux et en légitimité. Et puis, il ne faut pas oublier qu’on est dans une société déstabilisée, les gens cherchent du sens à leur existence. Tout cela concourt à un développement de ces pratiques sur le terrain.

Aux personnes qui pensent que ça ne correspond pas au terme « philosophie », vous auriez quoi à leur répondre ?

A cet âge là, les enfants tapent sur des casseroles, ils apprennent à trier des objets, ils apprennent à jouer avec les couleurs. On va, et sans complexe, appeler ça de la musique, des mathématiques, du dessin, tant de matières qui existent déjà chez les plus grands. J’aimerais tout simplement dire que la philo ne se cantonne pas à la terminale, on commence à philosopher dès qu’il y a une exigence de rigueur de pensée. C’est certain qu’à leurs âges, on ne va pas leur demander de faire du commentaire de texte ou des dissertations, on va amorcer un processus qui les conduira à ça.

En tant que mère, comment vous avez démarré la philosophie avec vos enfants ?

Il y a quelques temps, ma fille m’a réveillé à 4 heures du matin pour me poser une question : « Maman ! Est ce que le premier homme avait une maman ? ». J’ai senti chez elle une intensité dans le questionnement, une angoisse de ne pas avoir de réponse ; c’était vraiment en train de la travailler. Et on a découvert ensemble un continent merveilleux qui est la littérature de jeunesse, les contes, les fables. Les albums qui existent aujourd’hui sont de merveilleux tremplins pour discuter et ça lui a permis de cheminer dans sa pensée.

Quel conseil pourriez-vous donner aux jeunes parents qui veulent s’intéresser à la philo pour enfants ?

De commencer par les albums, je pense que c’est une médiation nécessaire. En plus les enfants adorent qu’on leur raconte des histoires. Parfois c’est difficile de parler de la mort ou d’un autre sujet sensible. Grâce aux histoires, on passe par un personnage, on vase lancer peu à peu dans la réflexion. Je pense que les enfants y sont plus sensibles.
L’important quand on commence, c’est aussi de ne pas avoir peur de donner une réponse imparfaite ou de faire des erreurs. Il faut se lancer, l’apprentissage est principalement pour l’enfant mais les adultes vont devoir apprendre aussi à trouver les bonnes questions, les bonnes attitudes. Ce n’est pas quelque chose d’inné et il faut se laisser du temps.

Qu'avez-vous pensé de Ce n’est qu’un début ?

J’ai adoré ! Je remercie toute l’équipe du film de nous avoir offert, nous, militants de cette cause, un si bel objet. Pour moi, prof de philo à l’IUFM, c’est un formidable outil pour former les enseignants. Le film donne un exemple, une piste à suivre. Souvent dans les ateliers philo, il va y avoir quelques élèves qui vont prendre la parole et d’autre pas, pour un enseignant, c’est très culpabilisant, parce qu’on se dit « qu’est ce que j’ai mal fait ? ». Avec ce documentaire, on se rend compte que même si les mots ne sortent pas, leurs corps pensent, pas besoin de mots forcément, ils sont déjà complètement dans un acte de pensée.
Pascaline est aussi très importante pour le corps enseignant, on voit ses moments de doute, d’angoisse, ça montre que tout ça est légitime et que même pour quelqu’un qui a l’habitude d’enseigner, de discuter avec des enfants, ça prend du temps.

Pour finir, est ce que vous pourriez nous donner une anecdote sur l’un de vos ateliers ?

J’avais lu une adaptation du mythe de Gygès de Platon. Gygès est un berger qui découvre un anneau qui le rend invisible. Au début, la discussion commençait par « Et vous, vous feriez quoi si vous aviez cet anneau ? Qu’est ce que vous feriez si vous deveniez invisible ? »
Beaucoup d’enfants voulaient prendre le pot de Nutella dans le frigo une fois que les parents sont couchés ou qui terminer les paquets de bonbons. A ce moment là, il y en a un qui ma bluffé par sa réaction, il m’a dit : « Moi je vais dans un cirque et je pousse le funambule » ! Les élèves du cours se mettent à rire et moi aussi naturellement, c’était tellement inattendu. Ensuite, je reviens sur ce qu’il à dit et je lui demande s'il serait réellement capable de faire ça. Sachant que personne ne peut le voir et qu’il ne sera pas puni. Il a répondu « Ben non, parce que je pense que je ressentirais quelque chose en moi de mauvais »
On a rebondi en parlant de la culpabilité, de la loi intérieure, ce que kant appelle le jugement moral…

Merci Edwige d’avoir répondu à nos questions.

Merci à vous.

 

POUR MIEUX COMPRENDRE

Pour mieux comprendre

Selon Edwige Chirouter la littérature de jeunesse est une médiation nécessaire, vous trouverez ici un lien qui propose "une mallette pédagogique", une importante palette de livres et de thèmes pour philosopher avec les plus jeunes :
www.philosophiealecole.over-blog.com

Le blog d'Edwige Chirouter

edwigechirouter.over-blog.com/

Ce site propose aux enseignants, aux parents, aux chercheurs, aux éducateurs, aux écrivains, aux libraires, et à tous ceux qui montent dans ce navire, de partager nos réflexions, nos pratiques, nos coups de coeur, nos questionnements sur la pratique de la philosophie avec les enfants et la littérature de jeunesse.